Mieux manger : un atout pour notre santé
Publié le
Angélique Pineau-Hamaguchi en collaboration avec Santé publique France
Temps de lecture estimé 7 minute(s)
Elle est souvent source de plaisir, parfois aussi l’expression d’un mal-être. En tout cas, notre alimentation occupe une grande place dans notre existence. Et bien plus qu’on ne l’imagine. « Chaque Français ingère en moyenne 30 tonnes d’aliments et 50 000 litres de boissons au cours d’une vie », rappelle Mathilde Touvier (1), directrice de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Des quantités colossales. Alors quel peut être leur effet sur notre organisme ?
Un rempart contre les maladies chroniques
Certes, il n’existe pas d’aliments magiques pour éviter telle ou telle maladie, comme certains voudraient parfois nous le faire croire. Encore moins de régime miracle pour perdre du poids. En revanche, ce que nous consommons au quotidien peut nous protéger ou au contraire nous faire courir des risques pour notre santé.
« Grâce à des années de recherche, on a pu montrer des liens entre une alimentation déséquilibrée (pauvre en fruits et légumes et en fibres, et riche en sucre, sel et graisses saturées) et le risque de développer une obésité, une maladie cardiovasculaire, un diabète de type 2 ou encore certains cancers, précise la scientifique. À l’inverse, une alimentation diversifiée et équilibrée est une vraie carte à jouer pour prévenir l’apparition de ces maladies chroniques. »
Mathilde Touvier dirige pour sa part l’étude NutriNet-Santé (2) sur les pratiques alimentaires des Français, qui s’appuie sur plus de 180 000 participants volontaires. Dernièrement, elle a permis de déceler que certains mélanges d’additifs, et particulièrement dans des produits ultra-transformés (comme des bouillons, des desserts lactés, des sauces ou encore des sodas), seraient associés à un risque accru de diabète de type 2.
5 fruits et légumes par jour… c’est-à-dire ?
Bénéfiques pour la santé, les fruits et légumes contiennent entre autres des minéraux, des vitamines et des fibres. C’est pour cela qu’il est recommandé d’en manger au moins 5 portions par jour (par exemple 3 de légumes et 2 fruits ou 4 de légumes et 1 fruit). Cela équivaut à 400 g pour un adulte, soit 5 portions de 80 à 100 g chacune (à peu près la taille d’un poing). Pour les fruits, une portion correspond à une petite pomme, à deux abricots ou encore à 4 ou 5 fraises. Côté légumes, c’est une tomate moyenne, un bol de soupe (environ 250 ml) ou une poignée de haricots verts.
Il est essentiel d’augmenter ne serait-ce qu’un peu sa consommation de fruits et légumes. Mais comme il n’est pas toujours évident d’en acheter (et d’en conserver) des frais, les fruits et légumes surgelés ou en conserves sont de bonnes alternatives (c’est aussi un moyen de gagner du temps), tout comme les compotes (maison ou sans sucres ajoutés). En revanche, les jus de fruits ou encore les fruits séchés sont à limiter car ils sont souvent très sucrés.
Les impacts insoupçonnés de notre alimentation
De récentes avancées de la recherche tendent à montrer des effets plus étonnants encore sur notre santé. « On voit émerger des liens entre la nutrition (3) et la santé mentale ou la santé reproductive (fertilité), mais aussi avec des maladies respiratoires, dermatologiques ou rhumatologiques », indique Mathilde Touvier.
Notre façon de manger a donc des répercussions très importantes. Et pas uniquement pour nous-même. Ne pas développer certaines maladies évite également leur prise en charge par la société, ce qui contribue à limiter les dépenses de santé.
Sommes-nous incités à bien manger ?
Mais sommes-nous totalement libres de nos choix ? Le coût des fruits et légumes, par exemple, peut nous dissuader de les acheter. Les promotions dans les supermarchés ne portent pas non plus nécessairement sur les aliments les plus favorables à la santé. Selon une enquête (4), ce ne serait le cas que pour 12 % d’entre elles (les deux tiers concerneraient des produits trop gras, trop sucrés ou trop salés).
« On a beau connaître les recommandations, il n’est pas simple de les appliquer. Et le marketing et la publicité ne nous encouragent pas toujours à bien manger », déplore le Pr Serge Hercberg (5), médecin, chercheur en nutrition et professeur émérite à l’université Sorbonne-Paris-Nord. Ses recherches et celles de son équipe (maintenant dirigée par Mathilde Touvier) ont notamment inspiré le Nutri-Score. Ce logo, qui peut être apposé sur les emballages des produits, permet d’identifier ceux qui ont la meilleure qualité nutritionnelle (lire encadré ci-dessous).
« Une étude de l’OCDE publiée en 2024 a calculé que la généralisation du Nutri-Score dans toute l’Europe permettrait d’éviter près de 2 millions de cas de maladies chroniques d’ici à 2050 », souligne le Pr Hercberg. Un collectif composé entre autres de scientifiques et de professionnels de santé demande donc qu’il devienne obligatoire : « Une urgence de santé publique. » Ce qui nous aiderait à être mieux informé, pour pouvoir faire des choix en connaissance de cause.
Infographie - Comment mieux manger au quotidien ?
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Fiche pratique - Mieux manger
Comment se repérer parmi les produits ?
Pas toujours évident de décrypter les emballages et d’identifier les meilleurs produits pour notre santé ou, au contraire, ceux à éviter. Le Nutri-Score a justement été créé pour cela. Mis en place en 2017 en France, il note les produits de A (vert foncé) pour les plus favorables sur le plan nutritionnel à E (orange foncé) pour les moins favorables. Les règles de calcul du Nutri-Score viennent d’être revues pour mieux prendre en compte les dernières connaissances scientifiques. Environ un tiers des produits changent de note. Par exemple, les poissons gras et certaines huiles (huiles d’olive, de colza, de noix) sont désormais mieux classés. À l’inverse, les produits encore trop sucrés ou salés sont notés plus sévèrement. Les industriels ont deux ans pour modifier leur emballage.
Toutefois, le Nutri-Score n’est pas obligatoire. Une association, Open Food Facts, a donc créé l’application mobile du même nom. Gratuite, elle donne le Nutri-Score (nouvelle version) sur de nombreux produits simplement en scannant leur code-barres, et même sur ceux pour lesquels il est absent de l’emballage.
(1) Mathilde Touvier dirige l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (CRESS-EREN) Inserm / Inrae / Cnam / Université Sorbonne Paris Nord / Université Paris Cité.
(2) Pour participer à l’étude NutriNet-Santé : https://etude-nutrinet-sante.fr.
(3) La nutrition intègre à la fois l’alimentation, l’activité physique et la sédentarité.
(4) Enquête sur plus de 5 000 promotions par 7 associations (Foodwatch France, le Réseau Action Climat, France Assos Santé…), réalisée en février et mars 2025.
(5) Auteur de « Mange et tais-toi. Un nutritionniste face au lobby agroalimentaire » (éditions HumenSciences, 2022).
Témoignages de lecteurs
Francis : « Cela a changé ma vie »
« Tout a commencé il y a un an avec l’achat d’un pyjama de taille 2XL qui s’est avéré trop petit. Deux solutions s’offraient à moi : le renvoyer pour la taille supérieure ou maigrir un peu. J’ai donc commencé par changer quelques habitudes alimentaires et je me suis remis à faire une marche quotidienne. Pour faire court, j’étais plutôt “saucisson, pâté, rillettes”, je suis maintenant “tomate, melon, courgette”. J’ai réduit ma consommation de viande au profit du poisson, je mange beaucoup plus de légumes de saison, j’ai banni l’alcool (même si je m’autorise un verre de temps à autre), je fais des repas légers le soir…
Bilan : je pesais 107 kg et aujourd’hui 84 kg. Cela a changé ma vie. Je ne souffle plus quand je monte un escalier ou quand je me baisse. Mon bilan sanguin est plus que satisfaisant. Je suis plus dynamique. »
Fabienne : « J’achète mes fruits et légumes sur le marché »
« J’ai fait une prise de sang qui a révélé un prédiabète. J’ai alors été suivie par une diététicienne pendant deux ans qui m’a aidé à faire un rééquilibrage alimentaire. Il est évident que manger plus de fruits et de légumes, sans compter les pâtes, riz et semoule complets, a un impact sur mon budget. J’ai trouvé une solution : acheter mes fruits et légumes sur le marché car je me suis rendu compte qu’ils étaient relativement moins chers et de meilleure qualité. Pour les viandes et le poisson, je trouve parfois de petits prix dans les magasins discount. »
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